Avant-propos de ma thèse de doctorat

Avant-propos de ma thèse doctorale « Phraséologie et idéologie comparées dans l’art de l’épopée : Homère, chansons de geste, gouslé », soutenue avec la mention très honorable avec félicitations à Université Paul Valéry – Montpellier III.

pročitaj na srpskom

Le premier contact avec les gouslé comme tradition vivante – avec le chanteur, l’instrument et le public – c’est passé pour moi à Novi Sad (Serbie), dans une école de gouslé improvisée. C’est là, en 1999, que j’ai appris à chanter, tant bien que mal. Depuis, je chante des morceaux préférés (comme celui de la page 180) dans le cercle familial. À la rigueur, cela suffirait pour dire que la présente étude est faite par un gouslar.

Le moment décisif dans son élaboration a été l’obtention, en printemps 2002, de la bourse du prince Aleksandar Karageorgévitch, au montant record à cette époque, et à la promesse encore plus ambitieuse de financer aux boursiers, le moment venu, les études de troisième cycle à l’université de leur choix n’importe où dans le monde. J’ai choisi l’Université Paul Valéry, en consultation avec Aleksandar Loma, qui m’a été attribué pour mentor. Ses avantages étaient le professeur Pierre Sauzeau, recommandé par Loma, le français et la mer. À l’été 2003, la bourse du Service d’Action et de coopération culturelle de l’Ambassade de France à Belgrade m’a permis de venir à Montpellier. C’est dans le « bureau d’été » de Sauzeau, un café près de la cathédrale St. Pierre, que le thème du présent travail était déterminé. La connaissance directe de l’épopée serbe, mentionnée par hasard au cours de la conversation, s’est avérée décisive.

J’avais ainsi eu l’occasion rarissime de participer au rétablissement des liens entre la Serbie, et l’Europe de l’Est en général, et l’Occident, sur un sujet de grande envergure: l’épopée. La tâche s’avérait difficile autant que récompensante. Chercheur et gouslar, boursier démuni (la promesse originale n’étant pas tenue), je rédigeais ma thèse entre les services au restaurant, dans les bus et les trains, dans un vide entre systèmes universitaires (pas de possibilité de nouvelles bourses) et disciplines (linguistique et littérature).

Dans ces conditions, le professeur Sauzeau était, en plus du directeur de recherche, un guide entre deux mondes, qui devait faire face aux différents problèmes logistiques – inscriptions, visas, envois des colis – mais surtout s’occuper des traductions entre les différentes méthodes et mentalités. Je lui dois un surplus de reconnaissance, pour le surplus d’effort qu’il a toujours investi. Je suis obligé aussi à Jean-Christophe Thomas Laurent et Caroline Laurent, Ksenija Đorđević, Sandra Raškov et Benjamin Barrère, Mile Vilotić et Nikola Krbanjević pour m’avoir logé avec ma famille ; à Nermin et Jasmina Džananović pour leur générosité et à Divna et Olivier Soleil pour leur aide amicale. Finalement, à l’appui constant de mon épouse Jovana, de mes parents, Stanislav et Olivera, et de mes beaux-parents, Dobrica et Draginja.

Je remercierais volontiers les représentants d’institutions Serbes, s’ils ne faisaient preuve d’une curieuse indisponibilité, passant parfois dans l’hostilité ouverte aux résonnances épiques (v. infra, 242). Il faut d’autant plus remercier la disponibilité d’Aleksandar Loma, Snežana Gudurić et Branislav et Larisa Čović. Je veux aussi noter le geste du Conseil de FILUM – Faculté de Philologie et des Arts à Kragujevac, qui a fait une exception (chose pourtant normale jusqu’à un changement inattendu dans la loi) en me permettant un congé sabbatique d’un semestre pour la rédaction.

Je remercie David Gaulhet pour sa lecture et ses remarques précieuses, Jovan Vujović pour la figure schématique des gouslé et Nadežda Đurovic pour la traduction d’un nombre d’exemples. Les textes du corpus des gouslé (infra, 15) sont utilisés avec la gracieuse permission des éditeurs: Mirjana Detelić (Gradovi), Aleksandar Gogić, Aleksandar Lazić et Predrag Janičić (Njegoš), Radomir Nikčević (Svetigora).

Il me reste à souligner l’enjeu régional des gouslé. Pendant des siècles, elles avaient un rôle politique privilégié, celui de former la conscience et de développer les valeurs, en véhiculant un idéal relevant, utile et noble. Or, depuis au moins un demi- siècle, les conditions ont changé. Non seulement les violences interethniques les plus récentes, mais aussi la transition actuelle, témoignent d’une nécessité d’évolution idéologique. Actuellement, l’argumentation publique sur les gouslé est dominée par un traditionalisme et un négationnisme dichotomiques et non viables. Les nations de la région sont à la recherche d’une nouvelle réflexion sur l’axiologie épique dont elles héritent.

Ma recherche se veut à la fois en sympathie avec cette tradition, mais résolument tournée vers une perspective d’avenir positive, lançant un pont envers les valeurs et la recherche européennes. D’ailleurs, elle a déjà inspiré un modèle de l’évolution idéologique : le projet d’affirmation de la valeur du travail, mené par Centar za savremenu edukaciju (Centre de l’éducation contemporaine, http://radnaetika.org).

Le centre, que j’ai fondé en 2006 avec Aleksandar Đurđev, a identifié le développement des valeurs, actuellement en crise, comme besoin principal de la société serbe. Celle du travail est prioritaire en tant que précondition du renouvèlement économique et du renforcement des institutions. Nous avons trouvé un allié important dans les gouslé, dont les valeurs sont différentes mais compatibles : l’excellence et l’esprit entrepreneurial d’un Obilić doivent être transférés du champ de bataille au marché. Quoique difficile, l’ajustement du système de valeurs existant est plus viable que la construction, ou l’importation d’un autre.

Thèse

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5 komentara

  1. Gospodine Fajgelj,
    Do jutros sam verovao da sam jedini, a ako neko zna šta to znači, onda sete to Vi. Godinama sedim, razmišljam, pokušavam da razumem i tražim razumevanje. Godinama verujem da duhovi nisu izgubljeni i pokušavam da ih probudim dok još nije kasno (možda ipak nikad nije kasno).
    Sedim i prevodim Šantal Delsol: Blagost demokratije, Legitimitet intervencionističkih ratova, Evropski univerzalizam, Misliti je opasna stvar, Pokušaj konsenzusa…
    Od svoje oboe sam gotovo sasvim odustao, a još 2003. otišo sam u Pariz sa 400 evra u džepu da izučim taj poseban instrument. I ja sam kao i Vi radio svašta da bih dogurao do kraja, vežbao solfeđo po vozovima… I ja sam se kao Vi odlučio da se vratim u svoj Niš, iako su mi kao Vama svi govorili da to nikako ne uradim. Jedina razlika je u tome što ja nisam dogurao do kraja. S francuskom diplomom bi me srpske kolege oboisti sigurno samo još više mrzele. Ne bi me spasila ni veza kod gradonačelnika Perišića.
    Ali tom odlukom da napustim muziku jer je potpuno izgubila smisao, nisam ni malo promenio svoju situaciju.
    Jer, baš kao što su me u muzičkoj školi npr. (da ne spominjem Filharmoniju i druge orkestre i njihove upravnike) ocrnili pošto sam jedini radio svoj posao, ispunjavao s ljubavau svoj radni zadatak, ali time i narušio javašluk i nerad, prekršio pravilo nerada, tako danas gubim prijatelje jer oni nemaju vremena da se bave demokratijom, NATO-om, ljudskim pravima, nemaju snage da se bore protiv korupcije. Moraju da je čuvaju za svoju decu (ili buduću decu), i zato moraju da pristanu, da saginju glavu. Tako barem kažu, a ja sam izopšten jer filozofiram, štaviše možda čak i nisam čist. Pesimizam je za to mala maca. Kako da njima preporučim Vašu knjigu?
    Ko zna koliko ljudi u našoj zemlji isto ovako kao ja sedi, misli, ne radi, čak ni Šantal Delsol ne prevodi… U stvari, Vi znate da kada bi se okuražili i pristali da izgube malo svog konfora svakako ne bi bili malobrojni.
    Znate, nije Vam izgleda loša ta Vaša knjiga. Evo, sledi integralno čitanje. Imam utisak kao da sam ja sam pisao neke redove (prelistao sam). Presrećan sam što postoji čovek koji u Francuskoj vidi isto što i ja, a sigurno i mnogo više. Kao da sam pronašao brata.
    Pa šta i ako više niko ne želi da dođe na moje debate u Francuskom centru, mora li on da me podrži!? Zar, ipak božole i rokfor nisu bolja kombinacija od Marseljezinog brata i Deklaracije? Uostalom, kakve veze ima Francuski institut s Francuskom, osim imena i jezika?
    Samo, ako u stvari nisam sam, gde su ti ostali? Gde ste Vi? Mogu ja da Vas čitam i slušam, i Aslinoa i Delsol… Mogu čak da poslušam i Onfrea i da taj božole pijem na terasi dok čekam da mi zaraste rana od vazektomije… Ne mogu samo da radim za 18000, niti mogu vas budne da nađem.

    Vladimir Ignjatović

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  2. Ne bih ja reko da se 99 posto oseća usamljeno. Oni prijatelji od malopre koji me napuštaju ostaju zajedno, kao DOS. Pristaju da se trvu i glođu, to je za njih normalno. Za njih je pogubno da napuste grupu od 99 posto, a ideal onih 1 posto.
    Pitanje je da li je to kao neki fatum, kao što kažu evropeisti, jer čini mi se da nikad nije bilo drugačije, makar od pre 300 godina. Kako dovesti u pitanje Revoluciju, Voltera, Igoa?
    Hvala što ste mi odgovorili. Ni internet nije loš kad imaš kome da napišeš ovoliko redova i da ti taj uzvrati.
    Nikako da shvatim šta ste sve radili u životu i šta Vas je sve snašlo – jutros sam saznao za vas. Pitam se da li još uvek organizujete neke događaje, okupljanja, ili ste primorani da ćutite. To bi bilo poražavajuće. Za mene, koliko i za Vas.
    Nadam se da ću u Posle Vučića naći neki mali recept bolji od vazektomije.
    Najsrdačnije Vas pozdravljam.

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